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LE POÈTE LYRIQUE 209

ûndAe des Suppliantes? Réfugiées sur la terre (i'Argos,les filles de Danaos viennent de recevoir du roi du pays la promesse formelle de son appui ; elles Tont entendu re- pousser lui-même fièrement les menaces du héraut égyptien; et pourtant elles restent tremblantes et pleines de doute devant l'avenir; et leurs compagnes, leurs ser- vantes, n'expriment que ce qu'elles sentent elles-mêmes confusément, en les engageant à ne pas se raidir contre la destinée. C'est ce que traduit leur dernier chant. Ici encore l'ample continuité du rythme ionique, toujours semblable à lui-même, est bien à sa place. Non seule- ment ce sont des étrangères qui prient sur un sol grec, mais ces étrangères sont inquiètes, incertaines des autres et d'elles-mêmes, attendant avec effroi une décision des dieux à laquelle elles se sentent incapables de résister. Cette uniformité rythmique dans de larges développe- ments méritait d'être signalée, parce qu'elle est propre à Eschyle. Toutefois, même chez lui, elle est déjà ex- ceptionnelle; et, pour caractériser à grands traits son lyrisme, ce qu'il faut y signaler, c'est plutôt la structure savante des grands ensembles. La parodos à'Affamemnon peut être considérée comme un des types les plus ache- vés de cet art qui allait disparaître. Le chœur des vieil- lards argiens est venu se grouper devant le palais du roi absent. Tous ensemble, ils rappellent, après dix ans, le départ des Atrides, vengeurs de l'hospitalité violée; toute la jeunesse est partie avec eux. Surpris et inquiets, ils demandent ce que signifient les ordres deClytemnestre, pourquoi ces feux qui s'allument sur les autels, pourquoi ces offrandes qui se préparent. Cela forme un récitatif anapestique auquel succède le chant proprement dit. — Et tout d'abord une triade dactylique, sorte d'épopée en raccourci, dont les périodes se développent largement : des scènes plutôt que des idées; des images et des souve- nirs, à la fois brillants et sinistres : la jeunesse de l'Hel*

Hiât. dd la Litt. grecque. — T. III. 14

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