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LE POÈTE LYRIQUE 211

Dans ces grands ensembles, comme on le voit, Es- chyle se plaît à marquer des divisions nettes, qui en font ressortir la belle ordonnance. Outre le changement des rythmes, il emploie parfois dans ce dessin les refrains, à rimilation de la poésie populaire. Le peuple en effet aime, dans le développement continu d'un chant, ce re- tour régulier d*un thème poétique et musical qui en est Pâme. L'art, quand il devient raffiné, dédaigne au con- traire cette sorte d'unité très frappante, qui lui paraît quelque peu naïve ^ Mais Eschyle, qui a déjà la délica- tesse savante des maîtres, y joint encore une simpli- cité antique. C'est un charme en lui que ce contraste de science et de naïveté, de combinaisons ingénieuses et d'inspirations très simples.

Parmi ses composilions lyriques, il faut mentionner spécialement celles qui sont dialoguées^ Ce sont en gé- néral des 3co[x;i.oL Dans son théâtre, le xojxjxoç tragique a une importance qu'il ne devait pas garder après lui ; il suffit, pour le sentir, de relire celui des Pei^ses, celui des Sept ou celui des Choéphores. Chacune de ces scènes de lamentation a sa structure propre, toujours simple sans doute, mais savante pourtant et d'une symétrie très frappante ^ Cette symétrie même, par la répétition vou- lue des mêmes effets, leur donne un air de grandeur qu'on ne trouve nulle part ailleurs au même degré dans le lyrisme tragique.

Mais tout ceci ne touche qu'à la forme du lyrisme. Ce qui en constitue la substance, c'est la poésie elle- même. Quels sont donc les caractères frappants de la poésie lyrique chez Eschyle ?

1, Grenouilles, 1265; passage où Euripide se moque des refrains d*Eschyle.

2, Westphal, ouv. cité, chap. III, Die amôbâisch gegliederten Cho- rika,

3, Voir, dans Westphal, chap. cité, l'analyse de ces chants.

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