Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/230

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


218 CHAPITRE V. — ESCHYLE

maïs d'admirablement puissant; c'est encore l'impression qu'en ressent le lecteur moderne *.

La force descriptive est ce qui frappe tout d'abord dans la langue d'Eschyle. Les images se pressent dans son es- prit et elles s'en échappent avec une sorte de violence. Jamais chez lui ou presque jamais la vision calme et re- posée, qui laisse à l'objet le temps de se montrer pleine- ment; toujours le mouvement et l'agitation, qui font ses images si dramatiques. Au lieu d'une vue complète, des aspects passagers, des traits brusques, comme des éclairs. Peu de comparaisons, car la comparaison est un développe- ment, c'est-à-dire un arrêt de l'esprit sur les mêmes cho- ses; en revanche, des métaphores condensées, des syn- thèses d'images en quelque sorte. L'intensité de la vie dans les détails, la hardiesse dans le groupement, voilà ce qui le caractérise.

C'est là le dehors. En outre, derrière l'imagination, il y a chez Eschyle un esprit à la fois très vigoureux et très subtil. De là une association de Tidée à l'image, qui lui est tout à fait propre. Lorsque les aèdes de V Iliade et de V Odyssée voulaient décrire la mer, ils représentaient d'un mot ou sa couleur ou son immensité ou le bruit de ses flots - : toutes leurs épithètes étaient de pures images, qui ne visaient qu'à exprimer une sensation. Mais quand Eschyle, i)ar la bouche de son Prométhée, nous montre, dans un vers d'une transparence merveilleuse, «l'innom- brable sourire des flots » (irovricov re xu[j.àT(ji)v àvy)piO[7-ov '^i\7.(j[j.%)^ c'est vraiment tout autre chose. L'image est magnifique dans sa grandeur sereine, mais il y a plus qu'une simple image, il y a aussi une idée. Prométhée souffre, et l'immense nature sourit autour de lui. On peut

1. Quintilien, Jnsl. oral., X, 1, 66 : Sublimis et gravis et grandi- loquus sœpe usque ad vitium.

2. IlovTOC oîvo']^, toetôrjç, f,epoei6r,ç, eùpuç, ocTretptTO?, x\)(iacvwv, noXv- xX'JTToç, aX; ttoXit^, (iap[j.apéY).

��f

�� �