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230 CHAPITRE VI. — SOPHOCLE

beauté vivaDte, il se plaisait, en véritable Athénien, à Tadmirer, h lui rendre hommage avec l'élégante liberté de langage qui était dans les mœurs du temps et que nous retrouvons chez Socrate^ Probablement même, cédant aux impressions vives de sa nature, il connut parfois de vé- ritables passions. Le vieux Képhalos, dans Id^République de Platon, rapporte que, arrivé à un âge avancé, le poète se félicitait en souriant de s*être enfin dérobé, comme un esclave fugitif, à la dure servitude de Tamour « maître en- ragé et sauvage » ^ Il n*y a aucune raison de mettre en doute Tauthenlicité do ces paroles. Seulement, en les in- terprétant, il est bon de tenir compte de cette ironie mon- daine que nous venons de signaler. Les collectionneurs d'anecdotes ne l'ont pas compris, et c'est une raison de nous défier d'eux. Il y avait en Sophocle une modération naturelle, qui a dû dominer en somme dans sa vie au des- sus des troubles passagers, si violents d'ailleurs qu'ils aient pu être. Malgré cette heureuse disposition, il eut ses pei- nes, et, comme la plupart des hommes, il en fut lui- même l'auteur, en partie du moins. Marié à Nicostrate, il eut d'elle plusieurs fils, parmi lesquels lophon, poète tragique, lui aussi, que nous retrouverons ailleurs. Plus tard, et même, selon Athénée, lorsqu'il n'était déjà plus jeune, il se lia avec une courtisane de Sicyone, Tbéoris, qui lui donna un fils, Ariston; celui-ci, à son tour, devint

drames satyriques attestent la gaieté dont il était capable. Il y a telle de ses joyeuses plaisanteries qui étonne notre goût moderne, par exemple dans les fragments de son 'Axacwv (tvXXoyoç.

1. Outre le passage d*Ion, cf. Plutarque, Periclès, 8, et Cic. de Offic, I, 40. Ovide, dans ses Tristes (II, 411), a pu s'autoriser de son drame 'AxiXXéto; èpaaxat pour excuser la légèreté de quelques-unes de ses œuvres à lui :

Nec nocet auctori moUem qui fecit Achillem Infregisse suis fortia facta modis.

2. République, I, c. 3. Comparer, malgré la grande différence du ton, la description spirituelle que le poète fait de l'amour (Nauck, fr. 154).

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