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244 CHAPITRE VI. — SOPHOCLE

témoigoage de Suidas, et le plus raisonnable, comme aussi le plus gcncralement accepté, est celui-ci : Sopho- cle renonça définitivement à la tétralogie liée, qui était encore prédominante au temps d'Eschyle, et il put ainsi être considéré comme Tauteup d'un usage nouveau, d'a- près lequel on ne composa plus guère que des groupes de drames indépendants. Ces drames, en raison même de leur indépendance, concouraient en quelque sorte cha- cun pour leur compte, bien que la victoire appartint tou- jours au groupe ; c'est sans doute ce qu*a voulu dire Suidas, bien qu'il l'ait assez mal dit. En tout cas, qu'il l'ait dit ou non, le fait n'en est pas moins évident. Les tragédies de Sophocle sont indépendantes les unes des autres, et, dans son œuvre tout entière, nous ne voyons rien qui ressemble à VOrestie^diT exemple. Deux raisons principales ont dû le décider à rompre en cela avec la tradition, maintenue par Eschyle jusqu'à ses derniers jours. Pour que la tétralogie liée fût possible, il fallait d'abord que chacune des pièces ainsi assemblées fût d'un dessin très simple, de peur que le détail n'empêchât d'embrasser Icnscmblo ; il fallait de plus que les pièces d'un même groupe fussent intimement unies par une même pensée, et cotte pensée ne pouvait guère être qu'une idée religieuse. En exposant la façon dont Sopho- cle a conçu Taction, nous allons montrer comment ces deux conditions nécessaires lui ont manqué.

Eschyle avait donné pour principed'action à la tragédie une puissance surnaturelle. Sophocle se garda bien d'é- liminer cet élément divin, auquel sans doute il croyait lui- même sincèrement, et dont la présence prêtait d'ailleurs au drame une majesté toute religieuse. Mais, tout en le conservant, il en usa d'une manière très différente qui, par la force même des choses, en diminua Timportance. Chez Eschyle, les dieux, quoique invisibles, semblaient toujours au premier plan, tant on les sentait puissants et

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