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SA CONCEPTION DU DRAME 345

agissants dans Tâmo des personnages et tant ils se révé- laient d'une manière immédiate dans les événements. Chez Sophocle, le premier plan est tout à l'homme. Les dieux, toujours maîtres suprêmes des choses, n'apparaissent plus que dans le lointain; leur souveraineté, qu'on proclame aussi nettement qu'autrefois, quoique moins constamment, est plus discrète; et s'ils conduisent encore l'action, ce qui est incontestable, ils la conduisent du moins de si haut qu'elle paraît presque entièrement humaine dans son développement, et divine seulement quand elle se dénoue.

Le véritable ressort tragique pourSophocle,c'est la vo- lonté de Tétre humain, telle qu'elle est dans une con- science saine; non plus idéalisée par conséquent, comme celle de Promélhée, demi-dieu qui sait l'avenir et qui est d'ailleurs au dessus de la mort; ni exaltée par une sorte de souffle enivrant qui la pousse au crime ou à la mort, comme celle d'Etéocledans les Sept ou d'Oreste dans les Choépltores'j mais la volonté réduite à ses seules forces, la volonté raisonnable et réfléchie, celle qui fait l'homme et qui l'honore alors même qu'elle le perd. Une résolution ferme et haute, appuyée sur des motifs parfaitement clairs^ tel est, dans toutes les tragédies de Sophocle que nous connaissons, le fond même du drame, ou plutôt son âme. Supprimons par la pensée, dans une quel- conque de ses pièces, la décision première et fondamen- tale du protagoniste, que celui-ci s'appelle Antigonc ou Ajax, Electre, Œdipe roi, Phiîoctète ou Œdipe à Colone, et nous détruisons en fait toute l'action. Celle-ci n'est à proprement parler que le développement de celte décision au travers d'un petit nombre de circonstances qui la font valoir.

Et ne croyons pas qu'une fois la part des dieux dimi- nuée, Sophocle n'ait eu qu'à se conformer à la légende pour constituer ainsi l'action de ses tragédies. La matière

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