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322 CHAPITRE VII. — EURIPIDE

nag.Ml'Io, dans celui de Cassandrc, dans celui d'Orcste, le délire vient d'en liaut^ il maîtrise le corps plus qu il ne l'agite, il est divin ; chez Euripide, c*est une halluci- nation, qui aboutit à des transports ou qui a pour cause la maladie. Le délire d'Hercule, celui d'Agave se tradui- sent par des actes sanglants, c'est une folie furieuse; celui de Penthée dans les Bacchantes^ de Cassandrc dans les Troyennes prend la forme d'une véritable démence; celui de Phèdre et d'Oreste est lobsessioii ardente qui naît de la fièvre et que favorise Taccablemcnt physique. Le délire dans Eschyle éveille plutôt l'idée de la puis- sance des dieux ; dans Euripide, celle de TinCrmilé hu- maine.

Le sujet préféré d'un tel poète devait ôtre la peinture do la passion. C'est lui, on peut le dire, qui a le premier porté sur la scène grecque l'image de l'amour tragique et des orages qu'il soulève dans l'âme humaine. L'art d'Eschyle et celui de Sophocle, dans son idéalisme sé- vère, semblait répugner à ces descriptions. La nature héroïque, telle qu'ils la concevaient l'un et l'autre, aurait été diminuée à leurs yeux, si elle s'était laissée voir ainsi troublée et dominée par des instincts oi]i les sens avai(înt trop de part. Clytemnestre, dans YAgamemnon d'Eschyle et dans YElech^e de Sophocle, se gloriGe de l'adultère ou l'avoue hautement, mais sa passion coupable n'est pas décrite : ce que nous en connaissons, c'est seu- lement l'audace qu'elle affecte et qui lui prête une sorte do grandeur. Pour Euripide au contraire, la peinture morne de la passion dans ce qu'elle a de plus troublant, voilà le spectacle tragique par excellence. Autant que nous pouvons en juger, les amours qu'il avait mis siir la scène étaient tous des amours coupables, quelques- uns même incestueux. Ces passions étranges, il les mon- trait de préférence dans des âmes, non pas perverties, mais faibles et ardentes, dont elles s'emparaient avec

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