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378 CHAPITRE VIII. — TRAGIQUES DE SECOND RANG

ture; la blancheur de sa chair se détachait, lumineuse, sur Torabre noire. Une autre découvrait ses bras délicats, dont elle entourait le cou aux rondeurs féminines d'une de ses compagnes. Celle-ci, sous les plis d'une étoffe de laine dé- chirée, laissait voir sa cuisse, où s'imprimait mollement, dans le sourire de la chair en fleur, un amour sans espérances. En- dormies, elles s'étaient laissées tomber sur les aulnées et sur les violettes, dont elles brisaient les ailes aux sombres nuances, et sur le safran, qui s'imprégnait là de sa teinte d'ombre lumi- neuse pour colorer les tissus. La marjolaine touffue, nourrie par la rosée, dressait sa tête dans les molles prairies *. »

Il y a là une grâce voluptueuse qui n*est pas sans charme, mais en somme cela manque de style; beaucoup de détails maniérés, et dans l'ensemble une banalité un peu molle. Et en général, c'était bien là le défaut de Chérémon. Aristote se moque discrètement de son Cen- taure, sorte de rhapsodie métrique, où il avait fait entrer des vers do toute mesure ^ Une pareille tentative juge un poète. Chez celui-ci, Tidée ne créait pas spontanément sa forme. C'était un arrangeur de mots plus ou moins habile, mais non pas un véritable artiste.

En somme, cette dernière phase de la période attique ne nous offre pas un seul grand poète tragique. On fait autant de tragédies que jamais, sans doute, mais on n'en fait plus qui soient durables. Euripide règne seul sur la scène : il y suscite des imitateurs en foule, mais il n*a point de successeur. Le même état de choses va se prolonger pondant toute la période Alexandrine, avec cette seule différence que les poètes nouveaux seront de plus en plus obscurs et médiocres et le grand poète clas- sique de plus en plus admiré.

1. Fragm. 14 Nauck.

2. Aristote, Poétique, c. 1.

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