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THANSFORMATION DU DITHYRAMBE 33

lage peut-être, avait sa manière. L'ancienne improvisation maintenait ses droits plus ou moins fortement. Toutefois elle ne pouvait guère trouver place dans les chants du chœur. On n'improvise qu'à soi tout seul. Son domaine propre, c'étaient les récits mélodiques qui servaient de prétexte à ces chants. Un narrateur, à l'imagination vive, à la parole facile, poète et chanteur par instinct, — qui d'ailleurs pouvait fort bien n'être autre que le coryphée lui-même, — y exposait à la foule les souflfrances du dieu ou du héros national ^ . Selon que le sujet l'inspirait, il amplifiait librement telle ou telle partie de son thème. Son récit était une sorte de mélopée, d'un rythme uni- forme, aisé, et nécessairement peu sévère. Il le jouait en même temps qu'il le chantait. Cela s'appelait /?re7wrf^r au dithyrambe (êÇâpyetv tôv St96ûa[i.êov) : le chœur répétait de temps à autre, soit quelques-unes de ses paroles, soit un refrain convenu. Aristote dit formellement que la tragédie est sortie de ces préludes du dithyrambe (àiuo tôv eÇapj^ov- T<av TOV SiO'jpa[jLêov)2, On ne peut douter qu'il n'ait raison. Toutefois les chants du chœur ont dû prendre de jour en jour, à partir d'Arion, une importance nouvelle. Autrefois sans doute, ce n'étaient guère que des cris de douleur, des refrains plaintifs très élémentaires. Peu à peu, ils se transformaient en de vrais développements lyriques, et c'était là surtout ce qui touchait la foule. Si l'on se re- présente cette série de chants, précédés chacun d'un pré- lude narratif, on a l'idée d'une ébauche de tragédie sans dialogue, déjà divisée en scènes, déjà pourvue d'une sorte d'action et aboutissant à une lamentation finale provoquée par quelque chose d'analogue à un dénouement. D'une part un chœur, qui subsistera toujours dans le drame

1. C'est peut-être à cela que fait aUusion PoUux, IV, 423 : 'EXebç 8' T)V TpaireÇa àp^aia; èç' tJv upb ©écnriÔoç eîç tiç àvaêà; toïç ^^opeuxaiç àicexp^vaTo. De toute façon, Texpression àicexpcvaTo semble impropre.

2. Poétique, pass. cité.

Hist. de la Litt. grecque. — T. III. 3

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