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ÉPIGHARME 439

par le contraste de leur majesté avec le réalisme de leur signification. Epicharme a la vision nette et forte des pe- tites choses; en plus, la moquerie prompte et légère, avec un sens de Teffet des mots, qui est d*un artiste en fait do style. Ce curieux mélange de fantaisie et de réalisme n'est nulle part plus sensible peut-être que dans quatre vers de son Busiris, où il représente Héraclès à table. Un narrateur quelconque le décrivait ainsi : « Rien qu'à le voir manger, c'est à en mourir de peur. Grondement sourd du gosier, fracas des mâchoires, bruit sec do molaires, grincement de canines; des narines qui sifflent, des oreilles qui s'agitent *. » Par ce côté de son talent, Épi- charme restait voisin du simple peuple, auquel il avait emprunté la comédie, quand elle n'était rien, pour en faire quelque chose. Il lui faisait d'excellente poésie avec des matériaux vulgaires, il la tirait sans eff*ort du mar- ché ou du cabaret, non en se délectant dans la grossièreté, mais en se servant librement de toutes les choses vues et entendues chaque jour, qu'il agrandissait parla force na- turelle de son esprit.

Ainsi doué, Epicharme ne pouvait pas ne pas prêter à ses personnages un relief frappant. Il devait excellera les décrire à la fois parle dehors et par le dedans, saisissant d'un coup d'œil le trait caractéristique, soit dans l'âme, soit dans Textérieur, et le développant avec son amusante faculté de grossissement. Lorsque, dans un passage de VEspérance, il montrait aux spectateurs un viveur qui « vidait d'un seul trait la coupe de sa vie^ », n'était-ce pas résumer en un mot énergique tout un caractère? Il nous reste de la même pièce quatorze vers, dans lesquels un pa- rasite se faisait connaître lui-même par une sorte de con- fession à la fois joyeuse et navrante. Il y fait les honneurs de sa bassesse avec un cynisme de bouffon; et pourtant,

1. Didot, V. 13-16.

2. Id., V. 28.

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