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ÉPIGHARME 441

dans un sens plus spécial. Diogène Laërce lui a donné une place dans ses Vies des philosophes ; il le range parmi les Pythagoriciens. Il est clair qu'en le traitant ainsi, il sui- vait une tradition, qui est d'ailleurs confirmée dans une certaine mesure par un bon nombre de fragments sub- sistants. Ce serait toutefois en exagérer la portée que d'at- tribuer aux comédies d'Épicharme une tendance pytha- goricienne très nettement caractérisée^ On comprend mal comment un genre populaire et plaisant aurait pu se prêter à l'exposé de doctrines abstraites ; et si par im- possible ce miracle eût été réalisé, nul doute que ces co- médies enseignantes n'eussent fait à ce titre plus de bruit dans le monde qu'elles n*en firent effectivement. Leur auteur aurait été classé à part comme un poète d'une nature exceptionnelle, et ni Platon ni Aristote ne l'au- raient considéré comme le père de la comédie propre- ment dite. Épicharme était certainement un esprit très réfléchi, que la philosophie contemporaine avait touché. Il s'en occupait pour son plaisir personnel, et il dut par suite y faire allusion souvent dans ses pièces. Il a pu être ainsi un véritable philosophe de la scène comique, comme Euripide plus tard fut un philosophe de la scène tragi- que. Ce fut la réputation qu'il s'acquit de son vivant ; et celle-ci fut cause qu'après sa mort on composa sous son

1. Cette question a étô discutée et résolue avec de notables diver- gences d'opinion par MM. Jules Girard et Denis dans les ouvrages cités plus haut. L'erreur qui a fait d'Épicharme un philosophe pro- prement dit remonte à l'antiquité. Le sicilien Alkimos avait compose un ouvrage en quatre livres pour démontrer que Platon avait em- prunté à Épicharme tout l'essentiel de sa philosophie. C'était là un paradoxe de sophiste, suggéré par un patriotisme peu intelligent. Diogène Laërce (III, 9-17) nous a fait connaître ce curieux traité par des extraits assez nombreux : il en résume ainsi l'idée maîtresse : IloÀXà ôc xal Ttap' 'Eirr/apfio'j toO xwfiwSioTcoiou TrpodioçéXrjTa'. (6 IlXàxwv), xà irXeïaTa [jL6TaYpà']/aç. Les fragments d'Épicharme recueillis par Al- kimos à l'appui de sa thèse et cités plus loin prouvent simplement qu'avant Platon plusieurs des idées qu'il a faites siennes étaient déjà en germe chez quelques esprits distingués.

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