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ÉPIGHARME 445

cela, je le nie. — A. Eh bien, voyons : et Tauléte? Qa'est-il se- lon toi? N'est-ce pas un homme, lui? — B. Assurément. — A. En ce cas, ne crois-tu pas qu'il y a là une distinction appli- cable au bien? Le bien est un certain type d'action qui existe par soi-même. Qu'un homme en soit instruit et le connaisse, celui-là devient bon. 11 en est de lui comme de l'aulète qui de- vient tel quand il a appris l'aulétique, du danseur quand il sait danser, du vannier quand il sait tresser, et en général, de tous ceux qui pratiquent telle profession de ce genre que tu voudras ; Thomme n'est point Part, mais c'est un homme de l'art *. »

La finesse ingénieuse de l'esprit, le goût du raison- nement, Tagilité de Targumentation, voilà donc des qualités qui étaient aussi manifestes chez Épicharme que la malice facétieuse et l'observation. Il aimait à faire discuter ses personnages entre eux, et, comprenant tout, il les laissait dans leurs entretiens toucher à tout. Cela n empêchait pas que ses comédies ne fussent en somme de vraies et simples comédies ; mais on y apercevait çà et là comme des dessous et des lointains de philosophie contemporaine, qui faisaient dire que le poète était lui- même philosophe.

A peine pouvons-nous aujourd'hui parler de la ver- sification d'Epicharme. Dans les fragments que nous pos- sédons, c'est riambique trimètre qui domine. Il n'est pas douteux que ce ne fût là le mètre ordinaire du dialogue dans ses comédies. Toutefois le métricien Hé- phestion atteste que deux de ses drames, aujourd'hui entièrement perdus, les Choreuontes et VEpiniklon, étaient écrits d'un bout à l'autre en anapestiques tétra- mètres. Cela donne l'idée d'un dialogue où régnait un mouvement singulièrement énergique. D'autre part, nous savons par deux fragments, cités ou mentionnés plus haut, qu'il usait aussi du tétramètre trochaïque, rythme

1. Diog. Laërce, III, 14.

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