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SES COMMENCEMENTS 463

convention et représentaient des personnages fictifs ; mais ces rôles incohérents, sans action suivie, n'étaient que des prétextes à bouffonnerie. L'exemple des Siciliens et celui des poètes tragiques contemporains firent sentir Tavantage qu'on aurait à renforcer cette fiction. Dès lors chaque pièce dut avoir son idée fondamentale, d'où nais- sait une action plus ou moins régulière, distribuée entre des personnages qui avaient chacun une physionomie propre. En ce genre, bien des essais durent se succéder. Entre Tincohérence primitive et Tunité parfaite, il y avait des degrés à l'infini, et nous ignorons absolument comment on les parcourut.

Cette innovation ou ce progrès en impliquait plusieurs autres: Temploi des masques^ qui donnait à chaque rôle bien défini son caractère personnel, la division de la pièce en une certaine série de parties assujetties à une régularité nouvelle, enfin la fixation du nombre des ac- teurs. Nous étudierons plus loin la structure qui finit par sortir de ce travail d'organisation intime. Dès à pré- sent, il est bon de dire qu'il se produisit alors une fusion singulièrement curieuse entre deux éléments très divers. La comédie, toute rudimentaire qu'elle fût encore au temps des guerres médiques, avait pourtant ses habitudes et par conséquent ses formes à elle. En se transformant, elle s^appliqua du mieux qu'elle put à imiter la tragédie. Il résulta de là une structure mixte, dans laquelle le plan tragique se superposa tant bien que mal à Tincohérence très vivante des créations primitives. C'est là le fait ca- pital dont nous essaierons tout à l'heure de saisir les té- moignages irrécusables dans l'organisation définitive du genre. Aristote semble l'avoir reconnu implicitement dans le passage déjà cité, qui, à coup sûr, s'applique plus directement encore à la comédie attique qu'à la comédie sicilienne : « La comédie avait déjà quelques formes à elle, quand se produisirent les poètes qui lui sont propres

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