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458 CHAPITRE XI. — COMÉDIE ANCIENNE

entendait tout. Quand elle eut pris pied dans Athènes, elle y devint par profession une école de satire. Le lieu s'y prêtait merveilleusement. « Athènes, comme on Ta dit, était à la fois une grande ville et une petite ville; tous les citoyens s'y connaissaient, se coudoyaient cha- que jour sur la place publique, dans les gymnases, les portiques*. » Certaines boutiques de barbiers achalandés étaient de vraies ruches où bourdonnait du matin au soir la médisance-. Une sorte de gaminerie publique aiguil- lonnaitincessamment les esprits. Ily avaitdes réputations faites, à tort ou à raison, de sottes plaisanteries, dont il était convenu qu'on devait rire, La comédie n'avait qu'à prendre. Naturellement la portée de ses critiques variait àrinfini. Depuis la simple charge bouffonne, qui convient à une revue, jusqu'à la censure hardie des mœurs publi- ques ou do la politique du jour. C'était une nécessité in- time pour la comédie que de s'attaquer aux choses vi- vantes. Montrer le côté ridicule de tout ce qui était admiré, voilà le rôle qui excitait le plus son ambition, parce qu'il lui faisait le mieux sentir sa puissance. Elle était en quel- que sorte par nature l'envers de l'admiration du jour. Le décret de 440 cité plus haut prouve assez de quelle liberté injurieuse elle se crut en droit d'user, bien avant Aris- tophane; et, comme nous le verrons, tout le théâtre de Cratinos, d'Aristophane, d'Eupoliset de leurs contempo- rains atteste que cette liberté, quand elle lui fut rendue, ne parut nullement amoindrie par la leçon sévère qu'elle s'était attirée.

C'est par cette tendance satirique que la comédie du v^ siècle touche à la réalité contemporaine. Elle y vise

��1. TI. Weil, Journal des Savants, 1888, p. 536.

2. Schol. Oiseaux, 300 : *0 8è iilTropYÎXoç v xoypeuç • piviripLove^ei aÙToO IIXaTwv èv So^ioratç.

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