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L'ACTION 503

rons étudier aussî avec quelque précision ces divers as- pects du genre qu'il a illustré. Contentons-nous ici sur ce sujet de quelques observations très générales qui fe- ront mieux comprendre ce qui suivra.

Concevoir un plan de comédie, c'était pour un contem- porain d'Aristophane imaginer une fable boulfonne qui fut en même temps une satire. Cette fable devait être très simple, car elle n'était au fond qu'un prétexte, la satire étant la chose importante. Toutefois, dans sa sim- plicité même, elle était tenue d'être amusante ; et pour cela, il fallait avant tout qu'elle eût de l'entrain et du mouvement. Le premier don d'un poète comique, c'était celui de l'invention. Il devait inventer d'abord un fait principal, procès, querelle, voyage fantastique, résur- rection de morts, création de cités imaginaires, complot, quelque chose enfin qui servît de support à tout le reste. Ce quelque chose devait être non seulement gai, mais nouveau. C'était là une grosse difficulté. Dans la tragé- die, les mêmes légendes servaient presque indéfiniment; il suffisait d'en varier les détails, d'en modifier l'aspect, sans toucher aux faits eux-mêmes ; ceux-ci étaient don- nés par la tradition, et personne n'aurait osé demander qu'on la changeât. Mais dans la comédie, tout étant créé par le poète, on ne voulait pas voir deux fois la même chose. Pourtant les types d'action comique n'étaient pas en nombre infini. Il arrivait forcément qu'on se répétait, ou que les concurrents se copiaient les uns les autres sans en convenir. L'habileté consistait à dissimuler ces imita- tions et ces emprunts et surtout à tromper le public qui ne les aurait pas supportés. Pour prévenir son impa- tience, le poète avait grand soin de vanter la nouveauté de sa fable * ; ce soin même trahissait une conscience

1. Aristophane, fr. 528 Kock :

Ou yoLp T(6e(jL£V tov dcytova TovSe xov Tp6uov iîxTTzep xéo); i^v, iXkoL xaivwv TcpaYliàxwv.

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