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LE CHŒUR 507

entrevoir assez clairement ceux du chœur et des person- nages, ce qui nous dispensera d'y insister longuement. Le chœur de la comédie diffère profondément par son humeur de celui de la tragédie. « Ce dernier, dit M. Weil, quand il intervient dans les querelles des acteurs du drame, cherche à les apaiser, à calmer leurs passions en faisant entendre la voix de la raison et de Téquité. Dans les comédies au contraire, le chœur excite les acteurs, il les engage à user de toute leur énergie et de toute leur subtilité pour bien défendre la cause qu'ils soutiennent. Il se fait une fête d'assister à leurs joutes brillantes *. » Cette différence est en effet frappante. Le chœur comique est essentiellement passionné et batailleur : il est pour la lutte comme le chœur tragique est pour la paix. Acharnions, chevaliers, héliastes, oiseaux, vieux et vieilles dans Lysistrate, femmes ameutées contre Euripide dans les Fêtes de De'méter, autant de rôles qui ont leurs moments de fureur comique ; et cela n'est pas spécial à Aristophane ; il est clair que les Archiloques de Gratines n'étaient pas moins agressifs. L'origine du chœur comi- que rend d'ailleurs raison de ce fait, et aussi la nature même de la comédie. C'est une troupe de chanteurs en gaieté, et cette troupe est au service d'un genre qui veut avant tout du mouvement. Toutefois il y a des exceptions à cette règle générale. Le chœur des Nuées dans Aris- tophane, celui des laboureurs dans la Paix, celui des initiés dans les Grenouilles^ d'autres encore, sont des chœurs paisibles, alors même qu'ils encouragent les dis- putes. En outre, il est à remarquer que le plus souvent le chœur s'apaise au cours de l'action. C'est au début, dans laparodos surtout, que ses passions sont ardentes. Il arrive en fureur, il ne parle que de massacre et d'ex- termination ; mais, comme la comédie ne comporte au-

1. Journal des Savants, septembre 1889, p. 537.

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