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508 CHAPITRE XI. — COMÉDIE ANCIENNE

cune exécution sanglante, il faut bien qu'il se calme ; c'est ce qui arrive aux Acharniens, aux héliastes, aux oiseaux. Une fois convaincus, ils le sont sans réserve. Et de là vient que, dans la seconde partie de la pièce, pres- que tous les chamrs comiques, quels qu'aient été leurs sentiments au début, sont ralliés au personnage qui représente les idées du poète. Ils l'approuvent alors, l'en- couragent, se moquent de ses adversaires et mettent en relief ce qui est à démontrer. C'est ainsi qu'à la fln de la Paix, le plus charmant éloge de la vie tranquille qu'on vient de recouvrer est le chant épirrhématique où les laboureurs célèbrent la joie de vivre aux champs.

A un autre point de vue, il y a lieu do remarquer que le chœur est dans la comédie l'élément vivant auquel la fantaisie a le plus de part. Elle fait de lui tout ce qu'elle veut, elle le transforme en oiseaux, en grenouilles, en insectes, en nuages, en guêpes, en dèmes, en îles. Mais cette transformation est presque toujours légère et superncielle à dessein. Une plaisanterie prolongée devient insupportable. C'est donc surtout en vue del'en- trét' que ces inventions paradoxales sont faites. Elles marquent vivement et d'une manière amusante soit le trait dominant que le poète veut assigner au caractère du chœur, son inconstance, son humeur agressive, soit le rapport principal qui existe entre lui et quelques-uns des personnages ou la situation en général ; elles déter- minent l'ensemble de son rôle. Mais cela fait, il est bien entendu qu'elles ne s'imposent nullement à toutes les parties de ce rôle. Les guêpes, une fois mêlées à l'action, ne sont plus guêpes que do souvenir. Les nuées, vapo- reuses quand Socrate les invoque et quand elles se dé- crivent elles-mêmes dans leur belle parodos, deviennent, au cours de la pièce, des personnes fort sages, en qui la raison n'exclut pas une certaine malice. 11 est clair que, dans ces compositions d'une souplesse si capricieuse,

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