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530 CHAPITRE XII. — ARISTOPHANE

bonne fortune d'avoir connu encore un peu du vieux temps où Ton avait des croyances, et il en a gardé un souvenir poétique dont il se sert avec grâce; son at- ticisme natif se prête à merveille à ce jeu plus ou moins inconscient ; et le moment d'ailleurs est unique : il séduit son public en touchant délicatement à des sentiments qui ne règlent plus la conduite, mais qui charment encore les imaginations.

Sa religion est ce qui a toujours embarrassé le plus ceux qui l'ont pris trop au sérieux. Il serait nécessaire vraiment qu'il en eût une, pour compléter le rôle de cen- seur convaincu qu'on lui prête. Mais, s'il en a une, il faut bien reconnaître qu'il la jette un peu trop souvent par dessus les moulins. Il est très vrai sans doute, comme on Ta remarqué, qu'en ce genre la plaisanterie, dans un certain état des mœurs, n'est pas nécessairement un signe d'incrédulité. Le peuple athénien, pris en masse, croyait à ses dieux, ce qui ne l'empêchait pas de rire d'eux très librement, quand on les lui montrait sur la scène sous un aspect ridicule. On pourrait donc admettre qu'Aristophane était peuple en ce point, s'il se conten- tait de les représenter gourmands, débauchés, niais ou poltrons. Mais ses hardiesses vont plus loin. Quand sa comédie l'entraîne, c'est leur puissance même qu'il met en doute. Dans sa pièce des Oiseaux^ Déméter est mise au déQ de faire pousser le blé, lorsque les oiseaux auront mangé le grain : celui qui écrit cela a bien l'air de croire que le blé sort tout seul du grain et que Déméter n'y est pour rien. Toutefois, là comme ailleurs, la pensée der- nière d'Aristophane est impossible à saisir, peut-être parce qu'elle n'existe pas. Faire de lui un incrédule, ce serait à tout prendre une plus grosse erreur que d'en faire un croyant. Pas plus en fait de religion qu'en fait de politique ou de morale, on ne se représente ce joyeux poète descendant au fond de sa conscience et se demaa-

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