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COMÉDIES SUBSISTANTES 531

dant à lui-même ce qu'il croyait réellement : il est très probable que cela dépendait des jours, des sujets qu'il traitait, des gens avec qui il vivait, de son humeur, mais surtout des hasards de la verve, des entraînements du style, de l'effet à produire. Avec tous ces éléments, il est bien difGcile de faire ni une croyance solide ni une incrédulité bien établie.

En somme, pour définir lé caractère et les idées d'A- ristophane, c'est toujours le tempérament du poète qu'il faut avoir en vue principalement. Avant tout, nous devons imaginer un homme d'un génie comique et sa- tirique exubérant, qui cherche d'instinct ce qui prête le mieux à la comédie et à la satire. Mais ce n'est pas un simple bouffon. Il a un des esprits les plus prompts, les plus clairvoyants, les plus habiles qu'il y ait jamais eu : il a compris ou senti qu'il n'y avait pas de haute comédie sans idées, et voilà pourquoi il s'est fait des idées. Ce sont celles de son rôle. D'ailleurs elles naissent en lui d'elles-mêmes, brusques, fortes, atout propos relies sont si pleines de choses qu'elles ont Pair profondes ; il ne les pousse pas à bout, mais il donne aux autres envie de le faire ; son œuvre est une suggestion perpétuelle: à la voir de loin et dans l'ensemble, on est tenté de croire qu'elle cache des systèmes, parce qu'elle offre de quoi en construire un grand nombre. Cette sorte d'illusion juge l'homme : entre tous ceux qui dans l'histoire litté- raire ne peuvent pas être comptés parmi les penseurs, c'est un des plus féconds en pensées qu'on puisse citer.

III

La façon dont il choisit ses sujets confirme ce qui pré- cède. En l'étudiant de près, on y démêle la part des cir- constances, celle de l'ambition littéraire, celle de la clair- voyance satirique, celle de la fantaisie. Toute l'origina-

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