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540 CHAPITRE XII. — ARISTOPHANE

DÎon. Ce que le poète attaque, c'est un système d'école, une chimère. — De même dans le Ploutos (388). Un brave homme, Chrémyle, a trouvé le dieu de la richesse, dieu aveugle, comme on sait; il l'emmène au temple d'Esculape, le fait guérir, et le garde chez lui ; grâce à cela, tout un groupe de bonnes gens, ses voisins et lui-même, deviennent riches et font bombance. Sous cette donnée, on entrevoit quelque chose de réternolle question . sociale; et Tintervention de la Pauvreté, dans une scène célèbre où elle vante ses mérites, donne à la pièce une valeur morale, que l'ensemble et surtout le dénouement diminuent et obscurcissent plutôt. Aux questions du jour, pressantes et pleines de passions, ont donc succédé dé- finitivement les problèmes généraux qu'on «oulève tou- jours et qu'on ne résout jamais. Aristophane y reste fidèle à ses habitudes de jugement. 11 n'entre pas à fond dans ce qui est délicat ou difficile; il met en relief les grosses absurdités qui se voient bien, il les dég'age de leurs apparences spécieuses, il les gonfle de leur bêtise et de leur ridicule. Cela ne veut pas dire qu'en causant, dans l'aimable liberté des entretiens et des banquets, il ne fut capable, lui aussi, de bâtir des systèmes, sauf à en rire. Prenons garde jusqu'à la fin : la comédie ne fait point de réserves ni de distinctions délicates ; elle exagère les choses par nécessité ; elle ne révèle donc qu'un état d'esprit accidentel du poète, et non sa pensée dernière.

IV

Ce qui semble avoir assuré le premier rang à Aristo- phane entre ses rivaux, c'est un heureux et rare mé- lange de qualités contraires qui se tempéraient et se complétaient mutuellement K Magnés avait de l'imagina-

1. Schol. grwc. in Aristoph., Proleg. H (Didot), notice où Aristo- phane est comparé à Cralinos et à Eupolis ; en voici la conclusion :

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