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SES PERSONNAGES 559

séquents, cela est évident. Mais considérez-les à distance. Tout ce qui est de fantaisie pure s'efface; les gros mots, les plaisanteries incongrues, les calembours sont oubliés. Que reste-t il ? Quelques saillies vives , qui se relient entre elles et qui dessinent Tliomme à grands traits. L'in- conséquence était à la surface, la vérité est au fond.

Allons plus loin, et n'hésitons pas à dire qu'Aristophane est avec Sophocle, en ce siècle, le grand créateur de figu- res vivantes. L'un et l'autre ont senti d'instinct que ce qui fait la valeur dramatique de l'homme, c'est la volonté. L'action que déroule devant nous le poète comique peut être absurde, invraisemblable, grotesque; mais, parce que cette action absurde provient d'une volonté ferme, elle met en jeu des motifs profonds et vrais. Cléon, dans les Chevaliers^ agit en bouffon, et pourtant nous sen- tons en lui quelque chose de fort qui nous saisit, cette ambition âpre, inquiète, méchante et basse, qui parfois dans la vie devient le tout de certains hommes et qui les agite alors comme une sorte de fureur. Voilà pour la vé- rité générale. Quant à celle des mœurs, elle ne manque pas non plus à Aristophane, mais elle est chez lui incons- tante et sujette à disparaître par moments ; il faut en jouir, là où elle est, et s'en passer quand elle fait place à la fantaisie. A tout prendre, je ne sais si elle n'était pas plus variée dans l'ensemble de son théâtre que dans la comédie de mœurs proprement dite, telle que la connut le siècle suivant. Il y a surtout un type excellent qui lui est propre, c'est celui du paysan athénien. Condensons en une seule image les rôles de Dicéopolis, de Strepsiade, de Trygée, joignons-y encore celui des laboureurs qui forment le chœur de la Paix, et nous nous représenterons au mieux ce qu'étaient ces colons qui ont assuré au V® siècle l'empire maritime d'Athènes. Aristophane était lui-même de leur sang et de leur condition ; il y tenait par ses parents f par ses souvenirs d'enfance, il les a bien

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