Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/574

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


502 CHAPITRE XIÎ. — ARISTOPHANE

petit désagrément nocturne ; — je voudrais qu'il revînt chez lui, grelottant de fièvre, après une course à cheval, — et qu'un ivrogne lui cassât la tête comme Oreste en délire ; — et qu'a- lors, croyant prendre une pierre dans les ténèbres, — il prît à pleines mains un paquet d'immondices toutes fraîches ; — puis qu'il s'élançât, tenant son projectile, et qu'il manquât son homme, et qu'il atteignit Gratines ^ »

Dans ces chansons, rallégorie ingénieuse plaisait par- ticulièrement aux Athéniens. Aristophane s'en sert avec une souplesse et une légèreté, qui sont charmantes. Veut- il se moquer du sycophante Cléonyme, brave en paroles, lâche en actions, qui avait jeté son bouclier sur le champ de bataille? Il lechansonnc ainsi par la bouche du chœur dans les Oiseaux :

« Çà et là, en volant, de merveille en merveille, nous avons vu bien des choses étranges. 11 y a un arbre qui pousse fort loin d'ici, à grande distance d'une ville qu'on nomme Courage^; il s'appelle Cléonyme; il n'est bon à rien, il est grand et mou. Au printemps, toujours il végète et se couvre de procès; en hiver, quand les feuilles tombent, il jonche la terre de boucliers 3. »

Avec un air vif et approprié, ces chansonnettes devaient être retenues sans peine et défrayer la gaieté du peuple. Le même goût de Tallusion, du sens moqueur et caché, se retrouve, sous une autre forme, dans deux passages de Lysistrate. Les vieux et les vieilles, deux chœurs rivaux et querelleurs, se provoquent mutuellement par d'amu- santes agaceries. Le premier chœur, celui des hommes, chante, en petits vers lestes et sautillants, une sorte d'his- toriette légendaire pour dénigrer les femmes :

« Je sais un conte — que je veux vous dire ; on me l'a dit, —

1. Âchamiens, lloO et suiv. Dans le même genre. Chevaliers^ 1256 et suiv., et aussi Paix, 775, la chanson sur Karkinos et ses fils.

2. Cardia, ville de Thrace, dont le nom en grec signifie courage.

3. Oiseaux» 1470 et suiv. Cf. 1553.

�� �