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584 CHAPITRE XIII. — LA COMÉDIE AU IV* SIÈCLE

Ces raisons sont de trois sortes : politiques, morales, littéraires.

Après les désastres delà guerre du Péloponnèse, après les sanglants souvenirs de la tyrannie des Trente, une sorte d'apaisement se fait dans l'opinion publique. D'un commun accord, on évite de réveiller les vieilles querel- les. L'amnistie s'impose dans les relations publiques ; à plus forte raison dans les fêtes religieuses. Ainsi se perd l'habitude de mettre en scène les hommes d'État et de tourner en comédies les questions du jour ; une fois per- due, l'adoucissement des mœurs l'empêche de renaître.

Cet adoucissement est au fond la chose essentielle à signaler. Née dans les campagnes, la comédie an- cienne était restée grossière et rustique jusqu'à la fin. Mais, dans le cours du v^ siècle, la prédominance de la vie urbaine avait rendu les mœurs plus élégantes; les relations de société s'étaient multipliées; les banquets, les entretiens, l'influence des philosophes avaient peu à peu répandu dans la ville le goût du bon ton. Vers la fin de la vie d'Aristophane, il y avait déjà un désaccord sen- sible entre les manières de la comédie et celles de la ma- jorité du public; ses grossièretés n'étaient plus acceptées que par une sorte de tolérance d'habitude; le nombre croissait chaque jour de ceux à qui elles déplaisaient. Un moment vint, où ce désaccord parut insupportable. Les danses obscènes du chœur durent disparaître en premier lieu, et le chœur, dès lors, n'eut plus de raison d'être. Puis on se dégoûta des propos grossiers, des jeux de mots équivoques, de tout ce qui était banni de la conversation des gens comme il faut. Rien de plus instructif à cet égard que le passage de la Morale à Nicomaque où Aris- tote distingue la basse plaisanterie de la plaisanterie spi- rituelle et décente * : « Une des marques du savoir-vivre,

1. Morale à Nicomaque, IV, c. 14. On admet généralement que cet ouvrage d'Aristote a été écrit pendant son second séjour à Athènes,

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