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FORMES ET ESPRIT DE LA COMÉDIE NOUVELLE 605

deux ou trois de jeunes gens, autant d'esclaves, de cour- tisanes, deux ou trois aussi de femmes mariées, etc. Ces analogies qui nous frappent, au travers des imitations de la comédie latine, étaient rendues plus sensibles encore par les masques des acteurs. Il faut lire dans Pollux Té- numération très curieuse des masques de la comédie nouvelle ^ Le masque dénotait par son simple aspect ce qu'il y avait de typique dans un rôle : c'était là ce qui frappait les yeux tout d'abord; l'élément individuel ne se dégageait que peu à peu des paroles ou des actions de l'acteur, et il restait toujours subordonné.

Cette sorte de comédie exigeait des poètes le sentiment le plus délicat des nuances; sans cela, elle eût été dès le premier jour horriblement banale et monotone. Mais la finesse de l'esprit attique, qui l'avait créée parce qu'elle lui convenait, en fit, par une variété vraiment étonnante, une des formes les plus exquises de l'art dramatique. Ce qui avait manqué aux poètes comiques de la période in- termédiaire, c'était surtout une philosophie de la vie. Ceux de la fin du siècle excellèrent par là. On a plaisir à voir dans leurs fragments la diversité, la hardiesse, la grâce et quelquefois la profondeur des réflexions qui abondaient dans la bouche de leurs personnages. Cette richesse, bien administrée, leur permettait de donner à chacun ce qui lui convenait. Ils savaient, avec un tact et une souplesse remarquables, diversifier à l'infini la vision des choses et les jugements qui en résultent, en tenant compte non seulement des différences permanen- tes d'âge, de sexe, de situation, mais aussi des mouve- ments d'humeur et du jeu intime des sentiments. D'ail- leurs cette comédie, bien que philosophique, n'était à aucun degré une comédie à thèses. Tous ses personnages avaient, il est vrai, le goût et l'art des idées générales ;

1. PoUux, IV, 143.

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