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86 CHAPITRE III. — CONCOURS TRAGIQUES

Les témoignages anciens nous montrent les ac- teurs rétribués par l'État. Le chorège n'a pas affaire à eux^ C'est Tarchonte, chargé delà fête, qui traite avec eux. Une fois ce traité passé, ils sont attribués à tel ou tel poète, comme les chœurs. C'est ce qu'on appelle le partage des acteurs (vé[i.io<n<; tôv ÛTuojcpiTûv)^. Ce partage, nous dit-on, était réglé par le sort. D'autre part nous sa- vons par plusieurs témoignages que les poètes du v^ et du IV® siècle avaient leurs acteurs préférés, et même com- posaient pour eux des rôles appropriés à leur talent ^. Contradiction véritable, qui reste encore à résoudre.

En scène, tous les acteurs portaient un masque. Il n'est guère douteux que le masque tragique n'ait eu une origine religieuse. De tout temps, dans les fêtes rustiques de Dionysos, on s'était barbouillé de lie et couvert la tète de touffes de plantes dont le feuillage retombait comme une sorte de voile. C'était là peut-être un jeu qui avait fini par devenir un usage sacré. Toutefois il pourrait se faire qu'il y eut lieu de distinguer ici entre le rite tragi- que et celui de la comédie. Ce qui a fait la tragédie, c'est l'introduction d'un personnage fictif dans le dithyrambe. Ce personnage était ordinairement un dieu ou un héros. Celui qui le jouait devait, par une convenance à la fois dramatique et religieuse, se donner à lui-même l'aspect le plus conforme à son rôle. On sait que pendant longtemps, dans les processions, il y eut ainsi des gens qui représen- tèrent les dieux au naturel ^. Et dans le drame même, le déguisement des choreutes en satyres témoigne de ce

1. Les salaires alloués par l'État aux acteurs étalent élevés. Polos gagnait un talent en deux jours (Plut., Dix orat,, Démosth., 66). Cela faisait près de 6000 francs de notre monnaie, mais représentait en réalité une somme beaucoup plus forte.

2. Hésychius, Suidas et Photius, v. vejn^dstç uuoxpiTôiv.

3. Vie d'Eschyle et de Sophocle. Aristote, Poétique, c. 9.

4. Voir les témoignages réunis par Hermann, GoitesdienstL Aller- thûmer, § 35, n. 21.

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