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SUR LE DIVORCE

sur l’ami, sur l’unique ami qui recevra nos derniers soupirs, qui fermera nos yeux et ne craindra pas de donner un baiser d’adieu sur des lèvres flétries par la mort.

Elle est belle, cette allégorie de Philémon et de Baucis, qui place un temple et un autel dans l’asile de leurs chastes et antiques amours ! Quels cœurs en effet peuvent être plus disposés à rendre un pur hommage à l’Être suprême que ceux qui vivent dans un autre plus que dans eux-mêmes ! Qui peut avoir plus besoin qu’eux de cette présence, de cette protection du Ciel, pour les rassurer contre la voix terrible du temps ! Le son de chaque heure écoulée dans les douceurs de l’amitié semble répéter à ces âmes sensibles : « Souviens-toi qu’il est mortel ! souviens-toi qu’elle est mortelle ! » Et jamais l’avertissement de l’esclave ne fit autant tressaillir le triomphateur sur son char de victoire.

Telle fut aussi la première pensée de Philémon quand ses hôtes divins lui promirent d’accomplir ses vœux : Qu’un même instant, dit-il, unisse et termine nos destinées ; que le jour, qui nous fut si doux quand nous le partagions ensemble, ne vienne jamais éclairer la solitude et