Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/233

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s’était levée. Elle se remit sur ses pattes et, l’inquiétude l’emportant sur la prudence, elle se dirigea vers le fleuve. L’odeur de la fumée avait disparu ainsi que celle de l’homme, mais elle percevait le bruit du courant, qui la guidait.

Le hasard la fit retomber sur la piste que, la veille, Kazan et elle avaient tracée, lorsqu’ils étaient venus boire sur la bande de sable. Elle la suivit et arriva sans peine à la berge, à l’endroit même où Kazan était tombé et où Mac Trigger avait campé. Là son museau rencontra le sang coagulé du chien-loup, mêlé à l’odeur que l’homme avait, tout à côté, laissée sur le sable. Elle trouva le tronc d’arbre auquel son compagnon avait été attaché, les cendres éteintes du foyer, et suivit jusqu’à l’eau la traînée laissée par le corps de Kazan, lorsque Mac Trigger l’avait tiré demi-mort, derrière lui, vers la pirogue. Puis toute piste disparaissait.

Alors Louve Grise s’assit sur son derrière, tourna vers le ciel sa face aveugle et jeta vers Kazan disparu un cri désespéré, tel un sanglot que le vent emporta sur ses ailes. Puis, remontant la berge jusqu’au plus prochain buisson, elle s’y coucha, le nez tourné vers le fleuve.

Elle avait connu la cécité, et maintenant elle connaissait la solitude, qui venait y ajouter une pire détresse. Que pourrait-elle faire ici-bas, désormais, sans la protection de Kazan ?

Elle entendit, à quelques yards d’elle, le gloussement d’une perdrix des sapins. Il lui sembla que ce bruit lui arrivait d’un autre monde. Une souris des bois lui passa entre les pattes de devant. Elle tenta de lui donner un coup de dent. Mais ses dents se refermèrent sur un caillou.

Une véritable terreur s’empara d’elle. Ses épaules se contractaient et elle tremblait, comme s’il avait