Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/53

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Jamais encore cet appel, qu’il répéta à plusieurs reprises, n’avait été aussi infernal et sinistre. Il fut entendu et un premier cri lui répondit, puis un second, puis un troisième, puis d’autres encore. Si bien que Louve Grise s’assit à son tour sur son derrière et mêla sa voix à celle de Kazan.

Et là-bas, sur la neige blanche, l’homme, livide et hagard, fit halte avec ses chiens, pour écouter, tandis qu’une faible voix qui venait du traîneau disait :

— Père, ce sont les loups. Est-ce qu’ils nous poursuivent ?

L’homme se taisait. Il n’était plus jeune. La lune brillait sur sa longue barbe blanche et rendait plus fantomatique sa haute stature. Sur le traîneau était une jeune femme, qui leva la tête, d’une peau d'ours où elle s’appuyait, comme sur un oreiller. Les yeux de la jeune femme s’illuminèrent de la clarté lunaire qu’ils reflétèrent. Elle était pâle, elle aussi. Ses cheveux retombaient sur ses épaules en une tresse épaisse et soyeuse, et, contre sa poitrine, il y avait quelque chose qu’elle pressait.

L’homme, au bout de quelques instants, répondit :

— Es suivent une piste, sans doute celle d'un renne ou d’un caribou.

Il fixa du regard la culasse de son fusil et ajouta :

— Ne t’inquiète pas, Jeannie ! Nous camperons au prochain bouquet d’arbres où nous pourrons trouver assez de bois sec pour établir notre feu. Allons, les chiens ! Remettons-nous en route, les amis ! Ah ! ah ! ah ! ah ! Kouche ! Kouche !

Et le fouet claqua au-dessus de l’attelage. Du paquet que la jeune femme tenait serré sur sa poitrine, sortit un petit cri plaintif, auquel semblèrent répondre les voix dispersées des loups. Kazan, cependant, songeait qu’il allait bientôt pouvoir prendre sa vengeance sur un de ces hommes