Page:Déguignet - Mémoires d un paysan bas breton.djvu/106

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Le lendemain de cette soirée féerique, nous retournâmes au camp. Une bonne nouvelle nous y attendait : le régiment était désigné pour aller à Paris. En effet, trois jours après, nous nous mîmes en route pour la capitale, en passant par Épernay, le pays du grand champagne, et par Provins, le pays des belles roses. Je ne crois pas qu’il y eut dans tout le régiment un homme qui éprouvât autant de plaisir que moi d’aller à Paris. Nous entrâmes dans la capitale par la barrière de Fontainebleau et allâmes prendre possession de la vieille caserne Popincourt, dans le faubourg Saint-Antoine.

En arrivant à Paris, je n’avais qu’une préoccupation, c’était de voir toutes les belles choses dont j’avais entendu parler. Puisque je ne trouvais plus de maître ni de livres pour m’instruire, je pourrais y suppléer par la vue des monuments conçus par les hommes de science de tous les temps et de tous les pays, créés, fabriqués, édifiés, tournés, ciselés, peints et polis par les mains des artistes ou artisans depuis que le genre humain a commencé à se servir de ses mains et de son intelligence pour ses besoins matériels et intellectuels.

Pour qui veut connaître les progrès accomplis par notre espèce à travers les âges, depuis le jour où elle saisit la première pierre pour la dégrossir avec une autre pierre, il n’y a qu’à aller au Musée ou Conservatoire des Arts et Métiers, avec un guide à la main, de l’idée et de l’intention dans la tête. Il pourrait aussi, et dans les mêmes conditions, aller au Musée de Marine, où il assistera au développement des progrès de l’art nautique, depuis le premier tronc d’arbre qui servit à l’homme pour s’aventurer sur l’élément liquide jusqu’aux gigantesques Léviathans modernes. S’il veut connaître l’histoire de France, il n’a qu’à aller aux Musées de Cluny, du Luxembourg et de Versailles. Voudrait-il apprendre l’histoire naturelle, la zoologie, la botanique, la minéralogie et toutes leurs dépendances ? Il suffit d’aller au Jardin des Plantes et au Jardin d’Acclimatation. Enfin veut-il connaître la vie et les mœurs des sociétés qu’il ne connaît que de nom, il n’a qu’à aller au théâtre : là, il pourra voir comment on vit dans toutes les sociétés, depuis les plus hautes, les plus raffinées, jusqu’aux plus basses et aux plus dégradées, ou s’il ne croit pas à la réalité des choses du théâtre, il n’aurait qu’à aller,