Page:Désorgues - Voltaire, ou le Pouvoir de la philosophie, 1798.djvu/20

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Voltaire m’éclaira ; j’ai droit de le juger :
Lui prêter des vertus ce serait l’outrager.
Il avait dés défauts, et ma reconnaissance
En vous les déguisant vous ferait une offense.
Oh ! qui l’eût égalé, si comme ses flatteurs
Il avait méconnu ses vains persécuteurs ;
Si des deux grands Rousseau souffrant la haine injuste,
Il en eut triomphé par un éloge auguste ;
Et si, réalisant son sévère Brutus,
Il n’eût point dans les cours amolli ses vertus !
Mais s’il eut des erreurs, quel sage est sans faiblesse ;
Que d’illustres bienfaits ont paré sa vieillesse ;
Quel homme a plus chéri la sainte humanité,
Et sut mieux s’élever à l’immortalité !
S’il a de mille traits atteint le fanatisme,
Il n’a point prétendu ramener l’athéisme ;
Sa voix qui de l’erreur affranchit les mortels,
De l’Être souverain consacra les autels ;
Les arts consolateurs, la douce tolérance
De son culte sublime ont fondé la puissance.
Imitons son exemple, et laissons à l’erreur
Ses glaives, ses bûchers, et sa mystique horreur.
N’offrons point la vertu sous une forme austère,
Et sachons l’embellir du charme de Voltaire ;
De fleurs et dé lauriers couronnons tour-à-tour
L’amitié bienfaisante et l’héroïque amour :
Dédions cette enceinte aux noms les plus célèbres,
Au sage dont la voix dissipa nos ténèbres,
Au guerrier qui mourut sur le champ de l’honneur,
Au zélé magistrat, au divin orateur,