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L’ARTISTE ET L’ŒUVRE MUSICAL

en commerce avec le chant palestinien dont il n’a qu’effleuré les beautés (je le tiens de lui-même) et dont il n’a pas savouré l’appropriation religieuse, ne s’arrêtant, comme beaucoup, hélas ! de musiciens de sa génération, qu’à l’intérêt d’écriture et aux artifices de cette sorte de composition, que n’aurait-il pas écrit pour l’Église une fois que sa belle âme de musicien religieux se serait ouverte toute grande à la sereine beauté de ces maîtres ! — Il n’aurait pas cessé de puiser en lui-même les plus profonds de ses accents, mais, assagi par l’exemple, il nous aurait peut-être un peu moins comblés de ses dons naturels. Avec sa sûreté de main, de quels purs chefs-d’œuvre ne nous aurait-il pas gratifiés, écrits, il est vrai, avec son esprit, mais réchauffés par les mouvements de son âme, toute de charité et d’amour !

« Il lui eût été difficile peut-être de ne pas chercher en lui et dans sa propre musique des éléments d’expression qui seraient venus tempérer les prescriptions liturgiques, mais quelles belles formes d’art auraient découlé de ce combat d’influences où Franck n’aurait pu malgré tout rester autre chose que le divin Pater seraphicus dont l’ingénuité et la modestie étaient sans bornes ! »