Page:Dablon - Le Verger, 1943.djvu/145

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Richard n’est pas avec eux, ses yeux voudraient percer le mystère de la mort ; son cœur ne comprendra jamais comment on peut perdre en moins de dix minutes celui pour lequel on a toujours vécu.



Le dernier visiteur est parti. Madame Richard dit :

— Nous allons réciter le chapelet avant le coucher.

Elle s’agenouille et ne bouge pas d’un pouce pendant la récitation. Guy récite un à un les avé, et les autres répondent de leur mieux, par un mélange de prières et de sanglots. L’oncle Paul se fait un bandeau de sa grosse main ; il abandonne ses épaules, il est prostré et douloureux. Voilard, droit comme un mannequin, répond distinctement. Ils sont là : Monique, et Paule dans sa robe noire qui la grandit, et André, et contre la portière, la vieille Marie. Sur la cheminée, la pendulette ne bat plus depuis quatre heures.

Jacques est demeuré avec sa mère et Guy. Les dernières portes se sont fermées sans bruit. La solitude avec son père. Car Jacques sera seul avec son père pendant deux jours. Monique est la femme de Voilard ; Jacques l’aimera encore, mais pas de la même manière. Et Madame Richard est comme une étrangère parmi eux. Que se passe-t-il derrière les yeux éteints de sa mère, et comment s’expliquer la quasi-impassibilité de cette femme ? On dirait une douleur à fleur de peau, comme le frisson qui présage le bouillonnement de la fièvre. La première journée s’achève où elle n’a rien fait de palpable pour son mari ; Monique et Voilard