Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/157

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Le ſexe foible hors d’état de prendre nôtre maniere de vivre trop pénible pour lui, nous force de prendre la ſienne trop molle pour nous, & ne voulant plus ſouffrir de ſéparation, faute de pouvoir ſe rendre hommes les femmes nous rendent femmes. Voilà donc ces hommes qu’il faut craindre d’avilir, ils n’ont pas la force d’être hommes & vous voulez qu’on les ménage, vous trouvez mauvais qu’on leur faſſe parler raiſon par des femmes parce que ſelon vous les femmes n’ont pas de raiſon ; mais ſuivant l’idée que vous nous donnez des hommes, ils ne ſont par plus raiſonnables que les femmes, & pour s’aſſujettir à la vraiſemblence rigoureuſe que vous exigez on ne ſe permettra plus de mettre en ſcene que des fous pour ne pas donner mal à propos de la raiſon aux hommes, puisqu’ils n’ont pas la force de réſiſter aux ſexe le plus foible, & de s’empêcher de devenir femmes.

Dites moi M., Madame vôtre Mère étoit elle du nombre de ces femmes foibles, qui ſavent métamorphoſer les hommes forts en femmelettes ? Eh bon Dieu m’allez vous dire, elle n’ouvroit la bouche que pour me prêcher la ſageſſe ! Elle ne vous conſeilloit donc pas de devenir femme ? Elle avoit donc de la raiſon : croiez vous qu’elle eut à elle ſeule ce que vous refuſez à tout ſon ſexe, détrompez vous par l’expérience, vous entendrez toutes les meres non ſeulement vertueuſes, mais tant ſoit par ſenſées prêcher toujours la raiſon & la pudeur à leurs filles ; tant