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listes et de la royauté. A-t-on donc oublié que j’ai été nommé administrateur contradictoirement avec tous les contre révolutionnaires qui m’exécraient ? Des intelligences de ma part avec Mirabeau ! Mais tout le monde sait que j’ai combattu Mirabeau, que j’ai contrarié tous ses projets, toutes les fois que je les ai crus funestes à la liberté. Me taisais-je sur le compte de Mirabeau lorsque je défendais Marat attaqué par cet homme altier ? Ne faisais-je pas plus qu’on avait droit d’attendre d’un citoyen ordinaire ? Ne me suis-je pas montré lorsque l’on voulait soustraire le tyran en le traînant à Saint-Cloud ?

(Numéro 21 du Bulletin du tribunal).


Danton continue :

N’ai-je point fait afficher au district des Cordeliers la nécessité de s’insurger ? J’ai toute la plénitude de ma tête lorsque je provoque mes accusateurs, lorsque je demande à me mesurer avec eux… Qu’on me les produise, et je les replonge dans le néant, dont ils n’auraient jamais dû sortir !… Vils imposteurs, paraissez, et je vais vous arracher le masque qui vous dérobe à la vindicte publique !

Le Président. — Danton, ce n’est point par des sorties indécentes contre vos accusateurs que vous parviendrez à convaincre le jury de votre innocence. Parlez-lui un langage qu’il puisse entendre ; mais n’oubliez pas que ceux qui vous accusent jouissent de l’estime publique, et n’ont rien fait qui puisse leur enlever ce témoignage sérieux.

Réponse. — Un accusé comme moi, qui connaît les hommes et les choses, répond devant le jury, mais ne lui parle pas ; je me défends et je ne calomnie pas.

Jamais l’ambition ni la cupidité n’eurent de puissance sur moi ; jamais ces passions ne me firent compromettre la chose publique : tout entier à ma patrie, je lui ai fait le généreux sacrifice de mon existence.

C’est dans cet esprit que j’ai combattu l’infâme Pastoret, Lafayette, Bailly et tous les conspirateurs qui voulaient s’introduire dans les postes les plus importants, pour mieux et plus facilement assassiner la liberté. Il faut que je parle de trois coquins qui ont perdu Robespierre. J’ai des choses essentielles à révéler ; je demande a être entendu paisiblement, le salut de la patrie en fait une loi.

Le Président. — Le devoir d’un accusé, son intérêt per-