Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/189

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furieuse, pleurant, suivie par mon père, et j’entends la clef qui grince dans la serrure.


Nous achevons la journée dans les transes. La belle-sœur du charcutier a consenti à remplacer Catherine pendant quelques jours. C’est elle qui nous a fait à dîner et qui a fabriqué, pour les deux soldats allemands, un énorme plat de ratatouille au lard et aux pommes de terre. Le sous-officier porte-épée dîne avec nous. Il a l’air bien élevé, se montre très galant vis-à-vis de ma sœur et engage avec mon grand-père une longue conversation sur la langue française que, d’ailleurs, il parle assez bien. Il se fait expliquer quelques expressions, certains idiotismes. Le père Toussaint lui donne les renseignements les plus étendus, saupoudrant ses phrases onctueuses de comparaisons et d’épithètes qui doivent flatter le vainqueur. Il dit :

― Votre belle Allemagne… cette campagne si glorieuse pour vos armes… votre gracieux souverain… une guerre aussi vivement menée… Bismarck, ce Richelieu… les effets foudroyants de vos canons Krüpp…

Le Prussien est enchanté. Après dîner il se