Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/203

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M. Legros prétend ne pas se faire de bile.

― À quoi ça servirait-il ? Ce qui doit arriver, arrive. Moi, je suis fataliste.

Depuis l’arrivée des Prussiens, pourtant, il paraît avoir engraissé. Ma sœur, justement étonnée de cet embonpoint subit, a été malicieusement aux informations et la marchande de tabac, trop confiante, a livré naïvement le secret de la corpulence exagérée de son époux : M. Legros se plastronne ― plastron par devant, plastron par derrière. ― On assure même qu’il ne tourne pas le coin d’une rue, à partir de cinq heures du soir, sans crier : « Ami ! Ami ! » à tue-tête.

Qu’y a-t-il de vrai là dedans ?

― Tout ! dit M. Beaudrain ; et M. Legros a raison. Vous ne devriez pas vous moquer de lui. Aucune précaution n’est inutile. Eh ! eh ! si Achille avait été trempé tout entier dans les ondes du Styx, la flèche troyenne n’eût point causé sa mort…

Et patati, et patata. M. Beaudrain se meurt de frayeur. Il est positivement malade de peur ; il a dû renoncer, depuis quelque temps déjà, à me donner des leçons. Il passait le temps des répétitions à se murmurer à lui-même :