Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/212

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— Un affreux malheur ! fait mon grand-père en hochant la tête, car les Prussiens, n’ayant pu mettre la main sur ceux qui ont fait le coup, ont pris comme otages six habitants et le maire de la commune.

― Ils vont les fusiller ? demande Louise. Oh ! mais c’est horrible ! On ne fusille pas les prisonniers ! C’est du cannibalisme !

― Chut ! fait mon père en mettant un doigt sur ses lèvres et en indiquant du regard la porte qui ouvre sur le vestibule.

Et il demande tout bas, terrifié :

― Réellement, ils vont les fusiller ?

― Quand je suis parti, ce matin, c’était une chose convenue...

― Comme nous avons bien fait de renvoyer Catherine, dit Louise ; qui sait ce qui nous serait arrivé !

― Les Prussiens, continue mon grand-père, avaient enchaîné ces malheureux et les avaient enfermés dans l’église. Ils y ont passé la nuit, gardés par des factionnaires qui menaçaient de faire feu sur quiconque approchait et répondaient par des coups de crosse aux supplications des femmes et des enfants des prison-