Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/215

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


on ne connaît plus d’ennemis… on ne connaît que des Français…

Louise saute au cou du père Toussaint pendant que, très émus, mon père et moi, nous serrons les mains ridées du vieillard.

― Ces bandits de francs-tireurs, dit le vieux en parvenant à se dégager. Ah ! les canailles ! Ils pourront se vanter d’avoir fait plus de mal que les Prussiens, ceux-là !… Tirer sur une patrouille ; je vous demande si ça a le sens commun ! Pour ne rien tuer, encore ! Et quand même ils auraient tué un ou deux Allemands, la belle poussée !… Mais je m’attarde ici et l’on m’attend…

― Ah ! dit ma sœur, quel spectacle, lorsque tu annonceras à ces malheureux que la liberté leur est rendue ! Je voudrais tant t’accompagner !

― Quelle idée folle ! dit mon père. Ce n’est pas la place d’une femme.

En effet. Mais moi, moi qui suis un garçon si j’allais à Moussy ? Pourquoi pas ? Je hasarde une proposition en ce sens ― proposition repoussée par mon père et acceptée par mon grand-père. ― Il y a débat, mais le vieux finit par l’emporter. Ma sœur crève de jalousie.