Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/223

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j’examine la campagne par la fenêtre et, une fois au lit, je tends l’oreille attentivement. Je ne puis arriver à m’endormir.


Tout d’un coup, je sens une main se poser sur mon épaule. Je me réveille en sursaut, en criant. Germaine, qui se tient devant moi, sourit.

― Qu’avez-vous, monsieur Jean ? Vous rêviez ?

Je regarde, effaré, autour de moi. Il fait grand jour.

― Dépêchez-vous de vous habiller. Le chocolat est prêt et monsieur vous attend.

Une demi-heure après, nous partons. Nous sommes au bout de la rue qui donne sur le chemin de Versailles, lorsque la tête d’un peloton de Prussiens, baïonnette au fusil, apparaît sur la route. Mon grand-père m’empoigne brutalement par le bras et me colle le long d’un mur, derrière une haie. Je regarde entre les branches. Les Allemands s’avancent à grands pas ; au milieu d’eux marche un homme, les mains attachées derrière le dos. J’aperçois un grand chapeau neuf, un visage pâle, une vieille blouse bleue… C’est l’homme d’hier. Je le reconnais…