Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/241

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Moi, c’est leur accent qui me fend les oreilles. On dirait, lorsqu’ils parlent, qu’ils se gargarisent avec de la ferraille, qu’ils roulent de vieux clous dans leur gosier. Et puis, ils me semblent un peu trop polis.

― La politesse ne gâte jamais rien, dit mon père. Vois donc, lorsque le général français Boyer est venu ici, il y a deux jours, si les Prussiens, qui pourtant sont des brutes, l’ont reçu impoliment !…

Ma foi, non. Les Prussiens ont été très honnêtes. Ils ont promené le général, plusieurs fois, de la préfecture où réside Guillaume jusqu’à la maison de la rue Clagny où demeure Bismarck, avec tous les égards dus à son rang. J’ai été faire le pied de grue, avec mon père, devant cette maison où flotte le drapeau tricolore de la Confédération germanique, pour apercevoir le général français.

Au bout d’une heure, il est sorti en calèche, accompagné de deux généraux prussiens. Des cuirassiers blancs escortaient la voiture. J’ai crié : « Vive la France ! »

Les Prussiens ne m’ont rien dit, mais mon père m’a flanqué une gifle.