Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/272

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XIX


Quelques jours se sont passés. Je me suis raisonné. J’ai réfléchi. Je ne dirai rien.

Bien que je ne puisse chasser de mon esprit le souvenir des tableaux terribles que j’ai vus se dérouler devant moi, bien que les paroles affreuses de la paysanne me poursuivent sans relâche, bien que je sente sa dernière insulte imprimée sur mon front comme avec un fer rouge, je suis décidé à garder pour moi la honte, à ne rien révéler des turpitudes qui me font frémir et crier, la nuit, à ne pas trahir le secret des ignominies qui m’écrasent.

L’autre matin, pourtant, en revenant de Moussy, j’ai été près de tout dire. Mais, aux premiers mots, j’ai senti le rouge de la confusion me monter au visage et j’ai compris que je ne pourrais jamais prononcer les paroles qui me brûlaient la langue, qui m’étranglaient pourtant, que j’avais besoin de hurler. Et j’ai