Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/284

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feras, au moins ; tu dois geler, dans la rue ; il fait un froid de chien, ce matin…

Je suis assis dans la salle à manger, au coin du feu, la tête dans les mains, sanglotant toujours.

― Alors, on n’a pas été sage ? On a fait de grosses bêtises ? Qu’est-ce qu’on a fait, allons ?

― Oh ! oh ! oh !… monsieur Merlin… si je vous disais…

― Pourquoi pas ? C’est donc bien grave ?

― Oh !… oui. C’est affreux, allez… Je n’ose pas… non…

Et je secoue la tête en regardant le vieux qui fixe sur moi ses yeux brillants. Ces yeux m’attirent ; je vois dans ces prunelles calmes de la loyauté et de la douceur, de la bonté pour les faibles, de la sympathie pour les souffrants. Tout remué encore par la scène atroce à laquelle je viens d’assister, le cerveau plein d’images horribles, le cœur débordant de terreur et de honte, je me sens entraîné vers ce vieil homme à la face honnête et digne. Je sens que derrière ce visage, sur lequel une expression de raillerie douce a fait place à la pitié, il ne peut y avoir qu’une âme droite. Et je comprends que je puis avoir confiance