Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/285

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en ce vieillard, qu’il ne me trahira pas, qu’il me donnera peut-être du courage et du cœur, à moi qui n’ai plus de force, qui ne sais ni ce qu’il faut faire, ni ce qu’il faut penser.

J’essuie mes larmes et, bravement :

― Monsieur Merlin, je vais vous raconter tout.

Et je lui raconte tout, en effet, sans omettre un détail, sans passer un mot…

Le vieux s’est levé et se promène de long en large. De temps en temps, il crispe les poings en murmurant :

― Ah ! ces bourgeois… Ah ! ces bourgeois…

― Et je n’ai rien voulu dire, monsieur Merlin ; ce que je vous raconte à vous, je n’ai pas voulu le raconter à mon père, même quand il m’a battu. Mais maintenant qu’ils veulent me mettre dans une maison de correction, je dirai tout, je le crierai dans la rue, dans la ville, partout ! Je crierai que grand-papa a fait mourir ma tante et qu’il a fait fusiller le franc-tireur !… Et qu’il a fait envoyer Dubois en Prusse… et que papa travaille pour les Prussiens pour les aider à bombarder Paris…

Je crierai ça tant que je pourrai… avant d’aller dans la maison de correction !…