Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/334

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les preuves de la joie la plus exubérante. Il s’est levé et se livre, pendant la lecture, à des tentatives d’exercices chorégraphiques qu’il ne mène point toujours à bonne fin. C’est égal, j’en suis tout étonné. Il a dû danser le cancan dans sa jeunesse, mon père.

Il s’interrompt tout à coup.

― « Il était grand temps, lit ma sœur, que les Versaillais parvinssent à percer le mur de la maison voisine et à se précipiter dans le chantier. Les insurgés avaient déjà apporté du pétrole. Ils n’ont pas eu le temps de s’enfuir. On en a tué huit sous la porte cochère…

― Huit ! s’écrie mon père. Ah ! tant mieux !

Ce tant mieux m’entre dans l’oreille comme un coup de pistolet. Je n’oublierai jamais ce cri-là.


Second coup de sonnette. C’est Mme Arnal. Elle pleure à chaudes larmes.

― Ah ! mes amis, ces canailles-là m’ont tout brûlé ! Mon Dieu ! Mon Dieu !

Elle se laisse choir sur une chaise pendant que Louise s’empresse autour d’elle et veut absolument lui faire faire un choix entre un flacon de sels et un verre d’eau sucrée.