Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/36

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Paris. Chaque fois que j’y vais, je voudrais y rester, ne jamais retourner à Versailles. C’est ennuyeux comme tout, Versailles, ennuyeux comme tout. On dirait que c’est mort.

― Une ville charmante, dit M. Beaudrain.

Et il parle des souvenirs historiques en passant un bout de langue sur ses lèvres, qui pèlent comme de l’écorce de bouleau.

M. Beaudrain a l’air d’un croque-mort. Ils sont tous comme lui, les gens qui habitent Versailles : drôles comme des enterrements. M. Legros, seul de toutes les personnes qui viennent chez nous, rit toujours ; seulement il est bête comme une oie. Il a des yeux en boules de loto, des narines poilues, des oreilles en feuilles de chou et un gros menton rasé de près, tout piqué de trous, qui ressemble à une pomme d’arrosoir.

Il y a aussi Mme Arnal, qui est bien gentille. Elle va souvent à Paris où son mari tient un magasin, et ça se voit. J’aimerais bien me marier avec une femme comme elle. À condition qu’elle sautât un peu moins, par exemple. Elle est toujours en l’air. On dirait qu’elle a du vif-argent quelque part. Mais je n’en suis pas encore là. J’ai le temps d’attendre.