Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/75

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faisant des gestes. Mais on les accueille par des huées, par des grossièretés sans nom.

Ça me semble exagéré ces insultes, car enfin si ce n’étaient pas des Prussiens ?

La femme rentre, terrifiée, en se bouchant les oreilles, pendant que le mari reste sur le seuil de la porte. Il est tout pâle, mais on voit qu’il n’a pas peur. Ce ne doit pas être un Prussien.

Tout d’un coup, tendant les poings vers la foule, il crie :

― Lâches !… Imbéciles !… Sauvages !…

Il y a un mouvement de recul, et le vieux monsieur, au dernier rang, profite d’un moment d’accalmie pour dire :

― Arborez le drapeau français et l’on vous laissera tranquille.

La patronne, qui a dû entendre, apparaît à une fenêtre du premier avec un drapeau qu’elle déroule. On applaudit… Mais, presque aussitôt, les huées et les injures recommencent : le drapeau est un drapeau anglais, tout rouge, avec un petit carré bleu, rayé d’argent à l’angle.

Un monsieur, employé à la préfecture, cravaté de blanc, et un maçon, se précipitent sur le propriétaire du café ; celui-ci, d’un coup de