Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/76

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poing en pleine figure, envoie rouler l’employé sur le trottoir, le nez en sang ; mais il est saisi à la gorge par la main plâtreuse du maçon. Alors, la foule se rue…

― Arrêtez ! arrêtez ! au nom de la loi !

C’est la police, le commissaire, ceint de son écharpe, en tête. On se disperse, à la hâte.


J’apprends, en rentrant à la maison, par M. Legros, que le cafetier n’est pas un Prussien. Il le connaît : il lui fournit des cigares. C’est un Anglais naturalisé français, mais sa femme est Anglaise.

― Vous comprenez bien, fait M. Legros qui plaide la cause de son client, vous comprenez bien qu’il est excusable jusqu’à un certain point ; c’était son droit, après tout, de ne pas pavoiser.

― Son droit ! son droit ! rugit M. Pion, parce qu’il n’est qu’à moitié Français ? parce que sa femme est Anglaise ? Pourquoi vient-il manger notre pain, alors ?

― Il ne mange le pain de personne ; il mange le pain qu’il gagne… à mon avis, du moins.

― À votre avis ? Possible. Pas au mien. Un étranger, c’est un parasite, ni plus ni moins.