Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/88

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Pas un seul.

Et les citoyens ?

Ils n’avaient pas d’armes.

— Alors, hurle M. Pion, le maire de Nancy aurait dû se faire tuer !

— Pourquoi ? demanda M. Legros étonné.

— Pour l’exemple, Monsieur !

La population, comme avertie par un de ses pressentiments précurseurs des catastrophes, se décourage tout à fait. De temps en temps elle s’anime ; on dirait qu’elle a la fièvre.

Un beau jour, on s’aperçoit que, depuis dix ans, les pâturages du plateau de Satory sont affermés à des Allemands et que des gens suspects occupent les abords de l’École de Saint-Cyr. Là-dessus, on ne voit plus partout qu’espions prussiens : on jette des pierres dans les fenêtres des maisons occupées par les étrangers. Un sergent de ville, voyant un aveugle marcher lentement en tâtant devant lui le terrain avec son bâton, lui donne un croc-en-jambe « pour voir si c’est un vrai aveugle ». C’est « un vrai aveugle ». Et il tombe de toute sa hauteur sur le rebord du trottoir, si malheureusement qu’il se casse un bras.