Page:Darien - La Belle France.djvu/42

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dre ce que fut en réalité la guerre de 1870-71, d’en comprendre toutes les conséquences et la portée. Lorsqu’il était de la plus haute importance qu’il connût la vérité tout entière sur les événements qui pèsent et doivent peser d’un tel poids sur ses destinées, hommes d’État, publicistes, imagiers et grimauds semblèrent prendre à tâche de dissimuler les faits et leurs résultats logiques, immédiats ou futurs, derrière un pitoyable rideau d’héroïsme peinturluré par le mensonge et drapé par la sottise.

Faut-il faire le recensement des monuments aux héros de la guerre fatale ? Faut-il compter les myriades de cadavres allemands qu’entasse à chaque Salon, aux pieds de généraux français fumants d’orgueil, la féconde imagination d’artistes à l’âme tricolore ? Faut-il dénombrer les troupeaux de prisonniers prussiens qu’a su faire défiler la généreuse audace des chromolithographies ? Faut-il parler des innombrables romans, contes, nouvelles, dans lesquels est exaltée d’une surprenante façon la vieille valeur gauloise, tandis qu’est ravalée comme il convient, et peut-être définitivement, la lâche barbarie des Teutons ? Faut-il citer les prétendus ouvrages historiques, monuments de mensonge, d’ignorance et de mauvaise foi, auxquels des assassins à l’oreille fendue consacrent les loisirs de leur retraite, et que couronne l’Académie ?… Le marbre, le bronze, la toile peinte, le carton enluminé, les alexandrins, les ïambes, les phrases du livre et les périodes du discours semblent s’être conjurés pour donner au peuple une singulière idée de la lutte d’il y a trente ans.

« Le Français a une aptitude spéciale à expliquer ses défaites », écrivait le malheureux Trochu qui fut sans doute, après tout, le moins misérable des généraux de l’année terrible, et qui eut au moins la pudeur de disparaître après avoir paraphé la capitulation d’ordonnance. Rien n’est plus vrai ; il est non moins vrai que cette aptitude est plutôt déplorable, et qu’un gouvernement soucieux de la dignité du pays et de son relèvement réel aurait dû ne rien faire pour l’encourager.

Il eût été préférable, à tous les points de vue, d’empêcher