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la propagation de légendes absurdes ; d’avouer franchement comment les choses s’étaient passées ; de faire apprendre dans les écoles l’histoire complète et vraie du désastre. C’eût été la meilleure précaution à prendre contre sa répétition.

Si l’on avait un peu moins glorifié la défense de Paris — qu’immortalise, à défaut d’autre témoignage, le groupe du carrefour des Bergères, excellent point de repère pour les malandrins des fortifs, — il est probable que les Parisiens auraient montré quelque admiration pour la résistance de Kimberley, dont le siège fut d’une durée égale à celui de la Ville-Lumière, que Cecil Rhodes ne quitta pas en ballon, et qui ne capitula point.

Si l’on n’avait pas tant porté aux nues l’habileté des canonniers marins à pointer les canons de la capitale, les Français se rendraient mieux compte de ce que fut le rôle de la marine militaire, en 1870 ; ils sauraient qu’elle se montra hors d’état de rendre le moindre service ; qu’elle refusa énergiquement d’aller bombarder Hambourg ; qu’après avoir erré mélancoliquement sur les flots de la mer du Nord, elle se hâta de regagner Cherbourg pour échapper à la capture ; qu’elle ne consentit qu’avec la plus insigne mauvaise grâce à prêter les hommes et les canons nécessaires à la défense du territoire ; et que, en conséquence de ces faits, la contribution spéciale imposée par l’Allemagne comme compensation des dommages causés à son commerce par les croiseurs français (un million par chaque département occupé) eut une jolie saveur d’ironie.

Ce fut un tort de donner un relief exagéré à des épisodes glorieux certainement, mais sans influence sur les résultats du conflit ; la charge des cuirassiers à Morsbroon, la mort d’un général à Sedan, la défense d’une maison à Bazeilles. Il faut se défier des vertus du lyrisme ; ses feux d’artifice aveuglent, empêchent de discerner ce qu’il importe qu’on voie clairement. Ébloui par les apothéoses adroitement prodiguées à des faits partiels, le peuple ne songea même pas à demander raison de leurs actes aux auteurs de la catastrophe. Ils purent revenir d’Allemagne